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Homélie du Rév. Père Rulx Lubin - Eglise du Sacré-Coeur de Turgeau - Vendredi Saint 2007 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par sc-ht.org /   
12-04-2007

Frères et soeurs bien-aimés,

Logo du Centenaire - SacreCoeur
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C’est un bien douloureux anniversaire que nous célébrons aujourd’hui : ce jour ne repasse jamais sur la terre sans y jeter un lugubre éclat et sans éveiller au cœur des chrétiens les sentiments d’une mystérieuse tristesse.  Et pourtant, depuis qu’en punition   du péché Dieu condamna les hommes à mourir, la mort, hélas, nous est devenue un spectacle familier.  Chacun de nous la subit à son tour.

 

    Mais les larmes versées sur un être cher qui disparaît, si amères qu’elles soient, n’ont qu’un temps.  Pendant quelques années, quelques générations tout au plus, on se souvient des morts, on les pleure, on parle d’eux.  Puis l’oubli descend et s’appesantit.  Et si l’histoire conserve le souvenir des plus grands parmi les fils des hommes, elle en parle avec indifférence, sans tendresse : l’intérêt qu’elle leur porte est un intérêt scientifique : L’amour est totalement absent.

 



    A cette loi fatale, un nom pourtant a échappé.  Oui, frères et sœur bien-aimés, il est un homme qui n’est étranger pour personne au monde.  Sa mort fut la grande douleur et la grande espérance d’une foule d’âme dont les yeux se fixaient obstinément sur l’avenir.  La génération qui le vit naître et mourir fut secouée d’un long frisson.  Et depuis lors, années et siècles se succèdent.  Mais quand périodiquement le jour anniversaire de son trépas, des hommes de toute condition comme aujourd’hui se réunissent pour assister à  son agonie avec des sentiments aussi  délicats et aussi tendres que s’il s’agissait d’un parent ou d’un ami très cher.  Les âmes fidèles se sentent pénétrés de reconnaissance, de componction, de douleur, de confiance.  Quelque chose d’en haut les remue profondément.

    Les indifférents et ceux mêmes qui, tombés plus bas que les indifférents, subissent d’indéfinissables impressions, et, en ce jour funèbre, des souvenirs chrétiens traversent au moins leurs pensées.

    Les incrédules eux-mêmes, à pareil jour, se préservent mal de je-ne-sais quelle vague inquiétude mêlée de remords et de terreur superstitieuse.  Ils cherchent à s’étourdir dans les orgies sacrilèges ou des blasphèmes sataniques.  Se konsa jou sa-a, anpil moun pran chemen rara pou y-al lague kò yo nan tout vye kalite briganday, vie zak adiltè, fònikasyon, òji ak imoralité.  Genyen ki pran losti kò Jezi pou al fè maji, ba koulèv manje.  Anpil moun kite lavil al andeyò pou yo al fè devwa, al anba pie bwa fè sèvis, fè manjé marasa etc…

    Mais leur rage impuissante est, elle aussi, un témoignage rendu à l’empire qu’exerce sur eux le souvenir  de celui qu’ils ne peuvent arriver à regarder avec indifférence.

    L’Eglise, épouse désolée, se penche en pleurant sur  la croix et il n’est pas jusqu’au marbre des autels qui, par son dépouillement inaccoutumé, ne semble convier les fidèles à la morne, à la triste solennité d’un grand deuil.  Vous allez le voir tout à l’heure : Le voile qui couvre comme d’un crêpe l’instrument de notre rédemption va disparaître.  Le Seigneur va apparaître à nos regards avec son front couronné d’épines, avec son visage blêmi par la souffrance, avec ses pieds et ses mains percés, avec son corps lacéré, meurtri et nous l’entendrons nous dire : « Oh vous qui passez sur ce chemin, considérez et voyez s’il est une douleur pareille à ma douleur ».

Frères et sœurs bien-aimés,

    Vous avez entendu ces accents plaintifs.  Vous avez répondu à ce gémissant appel.  Vous êtes venus regarder en face et adorer la croix.  Nou vin n réyini-n nan pie Jezi krisifie e nap sonje avèk anpil lapenn nan kè nou jan yo te matirize Jezi, jan yo te benyen-l nan san, jan yo te imilie-l tankou dènie vanipie, jan yo te maltrete-l avek barbari, avek sovajri, avek ferosite.

    Men fòk nou konnen : Jezi pat soufri nan kò-l selman : Li te soufri nan tout limenm.  Li te  soufri nan kè-l tou devan atitid apòt li yo ki te delese-l, ki te trayi-l, ki te renie-l.  Li te soufri nan kè-l devan ipokrizi ak lachte jij li yo.  Li te soufri nan kè-l devan ingratitid pep la.

    E tou sa montre-n ke nou pa dwe repoze tout konfians nou sou lezom.  Tankou labib la di : « Le cœur de l’homme est désespérément mauvais.  Malheur à l’homme qui se fie à l’homme ».  Se Jezi ki sel espwa-n.  Se nan li sel pou-n repoze tout konfians nou.  Tankou chante-a di : « O cruz Ave, spex unica ».

Frè-m ak sè-m yo,

    Ou kwè nou kapab konte sou zanmi nan jou pèsekisyon ak nan moman detres ?  Elas !  Si yo sanble ak pa Jezi yo, mwen pa kwè nou kab mete tout konfians nou sou yo.  Et pourtant, le Divin Maître avait tout fait pour s’attacher étroitement ses apôtres.  Il les avait arrachés à une vie dure et pénible pour les associer à la gloire de son apostolat, comme il le fait maintenant pour ses disciples qu’il choisit pour son service.  Il les avait choisis pour qu’ils fussent les témoins ravis de ses miracles, les auditeurs assidus de sa  parole, les familiers de sa vie, les confidents de son cœur.

    Mais au moment où il avait le plus besoin d’eux, ils ont fait retrait de leur présence.  Pour vous rendre bien compte de cette attitude déconcertante, écoutons la suite  des évènements : Les ombres de la nuit commençaient à se répandre sur la terre : Le Seigneur accompagné de ses disciples, traverse le torrent de Cédron et s’achemine vers le Jardin de Gethsémani pour y prier et fortifier son âme contre les terreurs qui déjà l’assiégeaient.  Mais avant de pénétrer sous les oliviers, il prend à part ses trois privilégiés : Pierre, Jacques et Jean et les supplie de ne pas l’abandonner et de veiller avec lui.  Il a besoin de leur amitié dans cet instant douloureusement solennel.  Il lui faut leur compagnie.  On croirait un homme qui sous le coup d’une épreuve serre fortement la main de ses amis en leur disant : « Je compte sur vous.  Ne me laissez pas seul ».  Cette recommandation faite, il s’éloigne d’eux et commence à prier.  Mais bientôt, une peur mortelle le saisit, son corps tremble et frémit, il tombe à terre découragé, triste à mourir.  Que s’est-il donc passé ?  Est-ce l’horreur d’une mort ignominieuse, la crainte des supplices qui l’a ainsi abattu ?  Nul ne le sait !  En tout cas, quoi qu’il en soit, il dit : « Père, si c’est possible, que ce calice s’éloigne de moi ».

    Et qu’y a-t-il donc dans ce calice pour qu’il lui inspire une si insurmontable répugnance, demanderez-vous peut-être en vous-mêmes.   Ce qu’il y a ?  Eh bien, disons : Il y a tout d’abord toutes les graves injustices du monde : Les guerres criminelles, sauvages et insupportables que les grandes nations infligent aux petites rien que pour accaparer leurs richesses et faire sentir leur puissance ; ensuite les dépravations de l’humanité et la méchanceté à travers les siècles de tous ceux qui ont abusé de la confiance de leur peuple.  Il y a aussi dans ce calice bien d’autres actes répugnants et horribles tels que les suivants : Les nombreux cas de kidnapping et les actes de banditisme qui se font constamment en Haïti et qui rendent la vie impossible dans ce pays, les meurtres et les tortures impensables infligés aux paisibles citoyens et même aux bébés – les crimes de dilatation, les mares de boue répugnante dans lesquelles vautrent bien des jeunes par leur vie de débauchés.

    Le Seigneur ne peut supporter la vue de ces actes qui sont réellement indignes de ceux qui ont été créés à l’image de Dieu.  Et alors, sous l’intolérable pression de l’horreur qu’il ressent, le voilà qui s’affaisse sur lui-même et tombe baigné d’une sueur de sang. 

    Que font donc les apôtres ?  Ils ont entendu les gémissements de leur maître et ils n’ont pas accouru avec l’ange de Dieu pour le consoler, pour le réconforter au milieu de son agonie.  Les apôtres sont bien tranquilles.  Ils dorment insoucieusement.  E se poutèt sa, lè Jezi retounen bò koté yo, li pat manke fè yo reproch sa-a : « Kòman ? E pa na dòmi ?  Nou pa kapab rete veye avè-m pa menm inèd tan ?

Frères et sœurs bien-aimés,

    Ne pensez-vous pas que ce reproche de Jésus pourrait s’adresser à plus d’un d’entre vous ?  Certains quand il s’agit de leurs intérêts, de leurs plaisirs, de leurs affaires, ils savent abréger leur repos, prolonger leurs veilles.  Mais quand il s’agit de Dieu, quand il s’agit d’aller passer une heure de temps avec Jésus le dimanche, ils n’ont pas de temps.  Ils s’ennuient lorsqu’ils sont en sa présence et ils le délaissent tristement comme font les apôtres.

        Lè se pou-w al okipe afè interè pèsonel, pou-w al pran plezi nan plaj, pou kase randevou avek boy-friend, avek girl-friend, pou-w al pase nuit avek menaj, lannuit la pa sifi.  Men si pou pase you ti moman avek Bondie jou dimanch lan, yo fatigué, yo genyen tout kalite pwoblèm.


    Oui Jésus a beaucoup souffert dans son cœur.

    Après le délaissement, il a souffert aussi de la trahison.  Le nom du traître, vous le connaissez.  Il sera toujours l’exécration de la terre.  On ne le prononce aujourd’hui qu’avec un dégoût indigné.  Judas qui est la figure la plus sinistre qu’on ait jamais rencontrée, restera toujours le type de la lâcheté et de l’ingratitude.  Il est et restera l’être le plus vil, le plus odieux qui ait jamais déshonoré l’espèce humaine.  Vendre son maître,  son bienfaiteur, son ami, son confident !  Le vendre pour trente deniers !  Le livrer à ses ennemis par un baiser !  Emprunter le symbole de l’amitié pour en faire le signe de la perfidie, procédé infâme que retiendra toujours l’histoire de l’humanité.

Frè-m ak sè-m yo,

Mwen santi ke nou revolte kont Jida lè-n sonje vie zak malonèt sa-a li te komet kont Jezi ki si bon, si telman debyen.  Votre cœur se soulève au souvenir d’un trafic si honteux.  Vous appelez misérable celui qui met en vente, à si vil prix le meilleur des amis, le plus doux des maîtres, le Seigneur Jésus, et qui le désigne à la fureur de ses ennemis, en posant ses lèvres sur les siennes.  Vous avez raison, car il n’y a pas dans la langue humaine de mot assez flétrissant pour le qualifier.  Mais comment voulez-vous qu’on appelle tant de chrétiens infidèles, qui estiment moins de trente deniers le Dieu de leur première communion, qui le vendent au plus offrant.  Ki jan nou vle pou yo rele moun ki ap mache nan legliz e ki o fon pa sensè ak Bondie, ap roule de bò swa dizan yo manb legliz, men yap mache kay ganga rèd sèch ; yap mache nan group, men yap viv nan infidelite, nan fònikasyon ; yap mache nan legliz, men yap bay gwo kout lang pou kache fòfè pa yo ; yo di yo se bon katolik men dè ke yo remake gen you avantaj ka lòt frè yo, yo pa  krenn chanje relijion e yo tounen pi gwo ennemi katolic ; gen de moun ki di yo se kretyen onèt, men yo pa krenn al ka notè  fè  vie fo papie pou yo vòlò tè kipa pou yo ; yo di yo se gwo manm legliz, lè yo finn siyen you kontra pou yon tan, yo pa krenn jwe manigèt pou yo vinn jwenn plis lajan.  Ki jan nou vle pou yo rele moun kap mache fè zin pou yo kab pran mari lòt, madanm lòt ; ki jan nou vle pou yo rele moun ki swa dizan kretyen men ki ap asasinen frè yo lacheman, ap bay kout lang pou fè tout you fanmiy pèdi pen kotidyen yo.  Ki jan nou vle pou yo rele medam ki kite mari yo lakay yo pou yo mache dèyè gason byen kanpe, ki gen  « belle carrure masculine ».  Ki jan nou vle pou yo rele mesie ki kite madanm yo lakay yo pou yal dèyè dam ki sexi ?  Comment voulez-vous qu’on appelle tant d’âmes sordides qui vendent leur vertu, leur honneur pour une jouissance d’un instant ; qui vendent leur conscience pour un faible gain injustement obtenu, pour un morceau de terre détaché du champ du voisin, pour une triste satisfaction d’amour propre, pour un acte de colère et de vengeance ?

Comment voulez-vous qu’on appelle ces chrétiens perfides, qui trahissent aussi le Seigneur par un baiser, quand ils s’approchent des saints mystères et le reçoivent alors qu’ils savent que leur conscience est souillée par les péchés les plus hideux.

Frères et Sœurs bien-aimés,

Après avoir été abandonné par ses disciples, après avoir été trahi par Judas, le Seigneur Jésus était destiné à une autre déception, à un autre outrage.  Il devait être renié par le premier des apôtres.  Pierre avait été l’objet des préférences du Sauveur, qui l’avait choisi entre tous, pour en faire le premier chef de son Eglise ; qui le prédestinait par conséquent à la plus haute dignité, qui lui réservait les plus insignes prérogatives, qui en maintes circonstances, lui avait donné les plus touchants témoignages de confiance et d’affection.  D’ autre part, il avait fait les plus chaudes protestations de fidélité.  Il avait déclaré qu’il était prêt à mourir avec son Maître.  On pouvait donc s’attendre à le voir suivre le Seigneur et à le défendre contre ses ennemis avec une persévérante énergie.

Qu’a-t-il fallu pour abattre une résistance qui annonçait comme si courageuse ?  Un mot !  Un mot d’une servante.  « Mais vous, est-ce que vous n’étiez pas avec Jésus de Galilée ? »  Lui de répondre : « O femme, je ne sais pas ce que vous dites.  Je ne connais pas cet homme-là.  Je ne suis pas des siens. »

Ah, frères et sœurs bien-aimés, voilà bien la lâcheté humaine !  On connaît un homme quand il est riche, quand il est puissant, quant il est honoré.  On porte son nom jusqu’aux nues.  On se flatte d’être du nombre de ses amis, de vivre dans son voisinage.  Mais s’il devient la proie de l’infortune, si la disgrâce, si la persécution le poursuivent comme une victime sans défense, on ne le connaît plus.

O Pierre, vous connaissiez bien le Seigneur, quand il vous arrachait à votre barque et à vos filets, pour vous associer à la gloire de son apostolat.  Vous le connaissiez bien, quand il traînait au désert une foule avide de sa parole, quand il était acclamé par le peuple, quand par ses prodiges il soulevait sur ses pas l’admiration et la reconnaissance.  Vous le connaissiez bien, quand, sur le Thabor, il vous rendait le témoin ébloui de sa transfiguration, quand Jérusalem le recevait en triomphe ; mais depuis que la trahison l’a livré à ses ennemis, vous ne le connaissez plus.

Il fallait juger le Seigneur.  On le fait comparaître d’abord le tribunal des Pontifes Anne et Caïphe.  Anne et Caïphe, c’est l’hypocrisie et la haine, la jalousie et la colère…  N’attendons pas de pareils juges un acte de justice impartiale.  Caïphe l’interroge.  A sa réponse, un des gardes qui était à côté de Jésus lui donna un gifle en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! »

Imaginez !  Un soufflet de la part d’un agent subalterne.  On n’y songe pas sans frémir.  Un soufflet sur cette face auguste !  Et cette main sacrilège ne retombe pas foudroyée !  Jésus n’abat pas à ses pieds cet insulteur de bas étage qui, à l’outrage de sa main ajoute l’outrage de sa parole !  Un valet donne un soufflet au Sauveur !  Cette race n’a pas disparu :  Le monde est plein de ces lâches insulteurs qui, n’ayant plus Jésus en personne pour l’outrager au visage, l’outragent dans sa doctrine, l’outragent dans ses œuvres, l’outragent dans ses ministres, et parmi ses ministres, l’outragent surtout dans son plus haut représentant.


    Caïphe prononce que Jésus est coupable de blasphème et le renvoie à Pilate,  gouverneur romain à qui, il appartient de juger en dernier ressort.  Plaignons le Divin Maître parce qu’il est à la merci d’un homme sans principe, hésitant entre sa conscience et son intérêt, qui ne saura pas être assez ferme et assez indépendant pour porter un jugement équitable.  Effectivement, Pilate, se te you gwo ambitie, li te ye.  Li te prefere trayi konsians li pou-l pa gache avni-l.

Li te prefere komèt ninpòt krim pou-l pa pèdi pozisyon-l.  Li te prefere mete devwa-l a kote, pase pou-l ta pèdi popilarite-l.  Se konsa li poze Jezi you bann kesyon, men li trouve Jezi inosan.  Li montre sou tribinal li pou-l declare juif yo ke li pa jwenn anyen nan Jezi pou-l kondane-l.  Juif yo menase Pilate pou yo fè-l pèdi djob li nan men Seza, sil deklare Jezi pa koupab.  Alors, grand embarras du gouverneur romain.  Que faire ?  Il invente toutes sortes de stratagème.  Li fè you banm vie zak metdam.  Denie kout vie zak metdam li te employe, li fè mete Jezi toutouni.  Yo mare-l nan you poto.  Des soldats armés de fouets meurtriers font ruisseler son sang et voler sa chair en lambeaux.  Lè yo fini, yo mete you manto rouj sou li.  Yo mete you wozo nan men-l tankou baton wa yo.  Yo mete you kouwonn pikan sou tèt li tankou bandròl yo mete sou tèt wa yo.  E Pilate di juif yo:  “Men li!  Kounié-a, san-n vle ankò?  Yo reponn li:  “Crucifie-l”

    Lè sa-a, Pilate te santi toulè de pie-l nan you sel grenn soulie.  Que faire ?  Tankou anpil jij jodia, li pat soti pou-l sakrifie interè-l pou devwa.  Tankou Laroche Foucauld di : « Les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer. »  Pilate a donc livré Jésus à la fureur du peuple. 

    O ambitieux Pilate, vous qui faites passer votre intérêt avant votre conscience comme la plupart de nos magistrats, il fallait d’abord vous souvenir que vous êtes l’homme de la justice, le représentant de la loi, que vous avez été investi de l’autorité et armé du glaive pour protéger le droit et défendre la vertu accusée.  Il fallait monter au tribunal et dire au peuple : Celui que vous accusez est innocent, je ne puis le condamner.  Vos clameurs, vos menaces ne forceront pas mes lèvres à prononcer une injuste sentence.  J’aime mieux tout perdre que d’outrager ma conscience en sacrifiant un innocent.  Mais vous avez commis une lâcheté en condamnant au supplice celui en qui vous n’aviez pu découvrir une seule faute.

    Après cela, qu’importe que vous vous laviez les mains et que vous décliniez toute responsabilité ?  Vous ne laverez pas si facilement votre conscience, votre honneur.  Quand les flots de l’océan passeraient sur votre âme, ils n’enlèveraient pas la tâche qu’y a imprimé votre forfait. 



Frères et sœurs bien-aimés,

    C’en est fait.  Le Seigneur Jésus condamné par Pilate est maintenant livré au peuple, ce peuple que Jésus aimait et qu’il avait comblé de bienfaits, ce peuple dont il bénissait les petits enfants, guérissait les malades et ressuscitait les morts, ce peuple qui cinq jours auparavant était allé au devant de lui avec des palmes d’olivier à la main et des chants de triomphe sur les lèvres.

    Mais pourquoi a-t-il changé si subitement ?  C’est parce qu’il a été travaillé.  Hélas !  En Israël, au temps de Jésus, comme en Haïti, maintenant, le pauvre peuple, on en fait ce que l’on veut.  Il est facilement enthousiasmé, mais il se laisse aussi et plus facilement encore gagner par les préjugés, par les passions, par le mensonge.   Nous savons comment dans des temps de trouble, on exploite son ignorance, sa crédulité.  Nous savons comment on lui met sur les lèvres des mots qu’il ne comprend pas, mais qui le fascinent et le poussent au crime.  Nous savons comment on réussit sans trop de peine à le soulever par d’odieuses calomnies et à le précipiter sur les personnes les plus recommandables.  Or les pharisiens et les scribes avaient travaillé le peuple juif.  Ils lui avaient soufflé au cœur contre Jésus la haine dont ils étaient brûlés.

Frères et sœurs bien-aimés,

    Nous sommes en ce moment près du lit funèbre de notre bien-aimé Sauveur.  Nous sommes près de la croix sur laquelle il a rendu le dernier soupir.  Ne nous éloignons pas sans avoir un sincère regret des fautes qui ont coûté tant de sang.  N’allons pas à nos affaires, à nos intérêts sans prendre la résolution de revenir à de meilleurs sentiments et de commencer à vivre une vie meilleure.  Demandons au Seigneur de nous pardonner notre insensibilité, notre ingratitude.  Demandons lui de nous pardonner comme il a pardonné au bon larron.  Ainsi nous aurons le bonheur d’avoir part un jour à la joie du Royaume.

Amen !

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Dernière mise à jour : ( 15-02-2008 )
 

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